Notes : Tout cela émane sans doute de vagues souvenirs de poésie japonaise. Après l’humidité de la saison des pluies, on met les vêtements à sécher au soleil ; dans un haiku de Morikawa, c’est un vêtement funèbre que l’on aère sur la perche. Et un haiku de Samboku : « Telle la main droite d’une sage-femme — la feuille d’érable en automne »…
Pagode : figurine chinoise de porcelaine à tête mobile



Bouge
Le monde bouge
Mon âme bat
Ma robe rouge
Sèchera

Je suis une ombre

Rouge
Au fond des limbes
Mon âme sombre
Ouvre les bras

Je suis une ombre

Je serai nue
Je serai vieille
Pagode brune
Je serai belle

Je suis une allogène

Priez pour moi
Je me condense
Pliez pour moi
Mille grues blanches
Papier de soie
Au fond de l’eau je danse
Cadence sourde
Poupée geisha
Ma robe pourpre
M’embryonne

Je suis une douleur
Promise à la naissance
Petit nœud de souffrance
Je serai le bonheur

Sous l’érable en feuilles
Le temple sonne quatre fois mon heure

Toucher de sel
Sur la lèvre
Qui se gerce

Voici le ciel
Et la mer
Qui me berce

Venez baiser l’esprit de sel

J’entends des cris de l’au dehors
Je vois des vêtements de morts
Près d’une porte de papier
Le souffle d’un enfant qui dort

Et le désir

Je tomberai souvent
Je ne nagerai plus comme avant

Des avenirs
Frôlent ma paume qui se raye
Mais j’oublierai comment les lire

Je me réveille

Je sens le sang qui coule dans mes veines
Rouge je suis un poisson
Dans une poche de congélation

Coule
La cire coule
Cryogène
Mon âme brûle
Ma peau liquide
Sèchera
Deux mains de soie
Des ongles frêles
Dans l’eau je danse et je me noie

Qu’on me refoule
Mon âme sonne
Au fond de l’eau Je crie
Je suis aphone

Touche
Je suis passion
D’eaux bien trop douces
Je veux crever
Sur le rivage
Me déverser
Petit orage
Je veux survivre
Je suis une ombre humaine
Qui bouge
Un enfant rouge
Un cœur qui bat
Encore sourd
Au fond de toi
Ecoute

Entends ma vie qui court

Ô Dieu
Enlève-moi
Mon premier cri
Ce sera toi

Donne-moi le jour