Projet « Art & IA »

Posté dans : Actualité /News | 0

• Intelligence Artificielle : Ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine (Larousse).

Tout le monde en parle, personne ne sait vraiment de quoi il s’agit. Même des experts du domaine commencent à s’interroger sur la complexité des modèles et leur opacité (voir cet article de Matthew Hutson – en anglais).
J’ai toujours été intéressée par l’utilisation de nouvelles technologies pour créer des images : c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai réalisé des peintures numériques pendant 15 ans (voir les Making-Of sur mon site). Même si je suis revenue depuis quelques années à des techniques de peinture traditionnelles (voir mes peintures abstraites), je reste fascinée par les liens entre créativité et technologie.

Cet intérêt partagé avec ma fille Mina Pêcheux nous a conduites à élaborer un projet qui rassemble science et art : comment appliquer l’IA à la génération et l’analyse de mes peintures abstraites ?

>> Je vous invite à découvrir toute cette aventure en détail (et en anglais) dans la dernière série d’articles (clic) sur le site de Mina.

Exemple de génération d’images dans le style « Cali Rezo » à l’aide d’un réseau de neurones (de type DCGAN)

Pour finaliser cette collaboration et réfléchir un peu plus à ces problématiques IA-Art, un petit debrief sous forme d’interview :

Mina : On a commencé par générer des images qui « ressemblaient » aux tiennes. Quel a été ton premier ressenti en les voyant ?

Cali : Voir les images produites par l’IA m’a permis de réaliser plusieurs choses. D’une part, que le résultat ne se substituait pas directement à mes peintures mais pouvait être une nouvelle base de recherche. D’autre part, que certaines familles de formes apparaissaient (circulaire, carrée, un trait, deux traits…) ce que j’avais pressenti sans le formuler aussi clairement. Et nous avons d’ailleurs exploré ces catégories plus en profondeur dans la suite du projet en utilisant d’autres algorithmes pour analyser mes peintures.


Mina : Tu évoques ici la 2e partie de notre projet, sur l’analyse d’images. Pour cette partie, il y avait un travail préliminaire de « labellisation » (définition de catégories). C’est toi qui t’en es occupée : comment l’as-tu vécu ?

Cali : Je savais qu’un gros travail préliminaire est effectué par des humains pour qu’une IA puisse commencer son travail (voir cet article de Mark Harris – en anglais) mais j’ai pu ressentir la répétitivité de la chose. Il faut se concentrer sur des tâches basiques avec un côté hypnotique. En plus, on ne réalise pas toujours que le « Big data », c’est vraiment « Big » ! Quand tu m’as dit qu’il fallait au moins une centaine d’exemples pour chacune de nos neuf catégories, je me suis dit que j’en avais pour quelques heures de boulot… alors même qu’il s’agit d’un jeu de données très petit pour une IA !


Mina : Et y a-t-il eu des difficultés particulières ou des questions inattendues ?

Cali : De temps en temps j’avais un doute sur la catégorie à choisir et je me disais qu’une machine aurait eu du mal à répondre. Est-ce qu’un trait courbe qui se poursuit « à l’extérieur » du tableau pour y revenir est considéré comme un seul trait, ou le fait qu’il soit hors cadre le transforme-t-il en deux formes distinctes ? Peut-on apprendre à une IA à « imaginer » le reste du mouvement ?


Mina : Au terme de ce projet, est-ce que tu penses qu’une IA est capable de « créer » une oeuvre originale ?

Cali : A la fin de l’année dernière, une oeuvre générée par une AI a été adjugée pour plus de 430.000 dollars chez Christie’s (voir l’article sur leur site – en anglais). En voyant comment le projet a été réalisé par ce trio, il est évident pour moi qu’il y a une vraie démarche artistique et que l’IA a été finalement une forme évoluée de pinceau au service de l’art. Mais un outil et un support ne génèrent pas tous seuls une image, il faut une décision pour l’instant humaine pour créer une oeuvre – et le fait d’aimer ou non le résultat ne découle pas de la technique utilisée. D’ailleurs je déplore que tous les articles qui parlent de ce tableau se focalisent sur l’exploit scientifique en lui refusant un statut d’oeuvre artistique. Donc pour répondre à ta question, pour moi actuellement une IA ne crée pas d’oeuvre mais peut servir à créer une oeuvre.


Mina : Est-ce que ça signifierait que n’importe qui avec ce programme à sa disposition pourrait devenir artiste ? Crois-tu que les IA permettant de « faire du Van Gogh, du Picasso… » (voir cet article de Morgane Tual) nous transforment en créateurs ?

Cali : Ce serait un peu comme de dire qu’avec une très bonne calculatrice, n’importe qui pourrait être mathématicien ou qu’avec un super ordinateur, n’importe qui pourrait faire des effets spéciaux au cinéma … D’abord il faut acquérir des connaissances dans son domaine, puis il faut travailler longuement pour bien utiliser ses outils et surtout avoir une démarche artistique : une idée, une direction, une raison d’utiliser ses outils. Avec l’IA appliquée à l’art, la majorité de la presse fait croire qu’il suffit d’avoir entre les mains un outil performant pour être un artiste alors qu’il s’agit souvent de reproduction : une photo « à la Van Gogh » (comme proposé par « DeepArt.io »), des « oeuvres d’art finalisées » à partir de gribouillis (« Vincent », chez Cambridge Consultants) ou un générateur de paysage à partir d’un dessin (clic)…  Ces prouesses sont bien techniques mais ne transforment pas magiquement les gens en artistes.


Mina : L’exemple de tableau vendu aux enchères dont tu parlais précédemment est très intéressant. Cependant une différence avec notre projet est que on a ici affaire à de la peinture figurative (l’IA a « appris à peindre » à l’aide de 15000 portraits), tandis que nous nous sommes attaquées à de la peinture abstraite. Que dirais-tu d’utiliser des peintures de ta période précédente, l’art numérique que tu évoquais plus tôt, pour voir ce qu’une IA en ferait ?

Cali : Je ne pourrai pas fournir une base de 15000 peintures, mais pourquoi pas !

 

Projet à suivre… ?